« Objectif Lune » au Grand Palais !

Marc Chagall, Le paysage bleu, 1949, gouache sur papier, Coll. Von der Heydt-Museum Wuppertal.


Des « vols » en direction de l’astre mythique sont encore possibles ! Plus que quelques jours pour embarquer à bord de la « fusée Grand Palais », afin de le (re)découvrir avec un œil d’enfant, d’aventurier, d’astronome ou encore et surtout… avec une âme d’artiste.  

Ange Leccia, Lunes, 2019, Globes lumineux, Paris Galerie Jousse Entreprise.


Etudiée, fantasmée, admirée… puis enfin « explorée »… La Lune n’a cessé de fasciner les hommes et les civilisations. A l’occasion des 50 ans de la mission Apollo 11, et alors que le dernier film de Damien Chazelle « First man » (sorti en octobre 2018) racontait les coulisses de cette incroyable entreprise, avec un parti pris intime et méconnu autour de la figure de Neil Armstrong, le Grand Palais réunit de nombreux témoignages et objets scientifiques, aux côtés de nombreuses œuvres plastiques.

L’exposition aborde une perspective, vaste et des plus passionnantes : décrypter le travail des artistes autour de l’astre lunaire. Au programme, la Lune examinée sous toutes les coutures, au sein d’un dialogue pluridisciplinaire.   

Dans la première salle du parcours, sciences astronomiques et techniques côtoient ainsi informations historiques et témoignages autour de l’ambitieuse et périlleuse mission de 1969, mais aussi réflexions géopolitiques. Ces dernières sont illustrées par l’utilisation de supports visuels issus du multimédia et de la pop culture (bande dessinée, cinéma, dessins animés…) ou encore de la littérature, mais aussi par la présentation d’œuvres contemporaines, spécialement conçues pour l’exposition.

Ainsi, la question de « l’égalité » concernant la conquête de la lune se pose par exemple : cet objectif cessera-t-il d’être l’apanage de l’homme blanc occidental ? Quelle place pour la femme ou encore l’homme africain ? Si le croisement entre les arts et les sciences s’avère judicieux et instructif, notamment grâce à la multiplicité des objets et l’introduction d’explications techniques issues d’un partenariat avec le Palais de la Découverte, on regrettera l’esthétique un peu facile de certaines œuvres d’art contemporain qui affaiblit la pertinence de leur message sociétal.     

Sont abordées ensuite les différentes facettes de la lune, représentées à travers les arts. Minutieusement observée, celle-ci est à la fois abordée de façon scientifique (un astre rythmant notre quotidien) mais aussi de façon contemplative et poétique (un astre, à la fois « proche » et lointain, chaleureux et froid dont la beauté suscite la rêverie ou la mélancolie).                               

Un astre insaisissable, évanescent, ambigu et ambivalent, dont le visage énigmatique évolue selon les croyances, les sensibilités individuelles, les styles et les époques…. Tantôt rassurante, tantôt menaçante, la lune, capable, lorsqu’elle est pleine de provoquer la folie des hommes, suscite beaucoup de questionnements. Elle marque le temps pour les amoureux de se retrouver de façon innocente, baignés, dans le noir profond de la nuit, par une lumière douce, bienveillante et romantique, ou au contraire, le moment propice et funeste pour « ôter la vie » ou commettre mille et autres crimes…

Elle fait alors office de miroir dans lequel l’homme reconnait ses passions et ses humeurs. Souvent, la femme, réputée « inconstante » selon la légende, y est malheureusement associée. Un « prétexte » et une certaine fascination pour travailler le nu, l’antique, le mythologique, les passions de l’âme…     

Globalement,  on retiendra une scénographie agréable, somme toute assez classique dans sa mise en scène excepté le début du parcours, plus immersif grâce à son esthétique obscure et « grisée », nappée d’une légère lumière blanche et vaporeuse, qui plonge les visiteurs dans un univers astronomique fantasmé mais qui apparaît « familier ».     

Scénographie, première salle.


Une section, axée sur la représentation de la lune dans les civilisations antiques, demeure la plus intéressante avec sa présentation originale reprenant l’esthétique d’un petit cabinet de curiosités archéologiques. Civilisations égyptiennes, orientales, asiatiques ou encore d’Amérique Latine y sont représentées par l’exposition de petites objets à destination religieuse ou astronomique.    

Si la dernière section présente un riche et magnifique panorama d’œuvres sur la thématique de la lune, on regrettera peut-être un mélange parfois un peu confus de certaines d’entre elles et l’absence d’un petit fil rouge complémentaire. Mais elle constitue sans aucun doute un plaisir pour les yeux passionnés de peinture et notamment de paysages nocturnes et crépusculaires.   

Une bonne introduction visuelle, plastique mais aussi scientifique pour comprendre comment la lune ne cessa de nourrir l’imaginaire des hommes, de tout espace et de tout temps. L’exposition constitue aussi un bon « rappel » historique qui donne des clés de lecture sur cette course folle menée entre les Etats-Unis et la Russie pour la conquête de l’espace. Retour « critique » également sur l’impact médiatique retentissant de cet évènement, qui suscita tour à tour controverses et emballements.

Une exposition à découvrir jusqu’au 22 juillet 2019, qui garantit un voyage plaisant, entre le réel et l’imaginaire.      

Flora Duret.

Crédits :

– Photographies personnelles
– *Cartel complet : Neil Armstrong, Buzz Aldrin prélève des échantillons lunaires avant de retourner dans le LEM, Apollo 11, Juillet 1969, Tirage chromogène grand format de présentation sur papier fibre, Paris, Collection Victor Martin-Malburet.

Pour plus d’infos : https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/la-lune

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