Calder – Picasso

Quel rapport entre Alexander Calder et Pablo Picasso ? Entre la légèreté des mobiles géométriques et la pesanteur des corps peints déformés ? Aucun me direz-vous ! Nothing ! Nada !! Et à première vue vous avez raison ! Pourtant, il existe bien un lien entre l’œuvre de ces deux artistes : l’exploration du vide…

Alors oui… Dis comme ça, on pourrait s’attendre à une énième exposition « vide de sens ». Mais non ! Le musée Picasso présente un dialogue entre les deux artistes jouant sur les notions d’espace, de masses et de formes, décomposées et recomposées… Une « rencontre » artistique de deux génies du XXe siècle, entre l’américain et l’espagnol, entre figuration et abstraction, entre tradition et nouveauté, où les sculptures graciles et aériennes font écho aux peintures cubistes.

Issus de deux familles d’artistes, Alexander Calder (1898-1976) et Pablo Picasso (1881-1973) connaissent une trajectoire biographique commune. Formés à l’art figuratif « traditionnel », puis s’imprégnant de l’effervescence artistique de la vie parisienne au début du XXe siècle, ils assistent tous les deux à l’émergence des avant-gardes et de l’abstraction, avant de façonner eux-mêmes leur mode d’expression personnel.

S’ils mènent leur carrière respective en parallèle avec peu de contacts et de rencontres, l’existence d’une admiration et d’un respect mutuels semble évidente. L’ Exposition Internationale des Arts et Techniques de Paris en 1937 marque néanmoins un tournant dans leur relation. En effet, les deux artistes se retrouvent au sein du pavillon espagnol pour y exposer deux œuvres majeures : Picasso y dévoile Guernica tandis que Calder présente Mercury Fountain.

Malgré des approches différentes, l’exposition met en lumière des « échos » artistiques complémentaires. Tous deux décident de s’affranchir du conventionnel et revisitent leurs supports et techniques de prédilection en abordant des concepts communs, en jouant parfois sur des notions antagonistes, qu’ils tentent de remodeler ou de matérialiser : le dessin et le mouvement dans l’espace, le vide et le plein, la notion d’équilibre, le massif et le léger. Ainsi, les toiles de l’un, exposées aux côtés des sculptures de l’autre, se répondent ou se superposent.

Dans les salles du musée baignées de soleil, stabiles et mobiles oscillent au gré des passages : leurs ombres tremblotantes, flottant sur les cimaises d’un blanc immaculé, créent une atmosphère presque irréelle, figée dans l’instant qui précède le mouvement. De quoi rénover la notion de sculpture et la place qu’elle occupe dans l’espace, notamment par la stylisation ou le découpage…

Autre point commun : tous deux travaillent également autour de l’abstraction. Si Picasso ne s’est jamais reconnu dans ce mouvement, il invente une nouvelle forme de représentation qui bouleverse les codes du figuratif : le cubisme.

Avec sa formation d’ingénieur, Calder travaille la notion d’équilibre dans l’espace en étudiant un agencement scientifique des formes qui s’appuie sur la notion de gravité et de pesanteur. Certaines sculptures semblent empreintes de légèreté alors que les composants restent massifs, comme dans « Requin et Baleine », où l’on se demande ainsi comment ces volumes peuvent se soutenir, se consolider et s’élever ensemble.

Si le parcours de visite se veut d’abord chronologique, la scénographie tend à rapprocher les artistes de manière thématique, comme en témoignent les « titres » de salles, aussi évocateurs que déroutants : « Capturer le vide« , « Faire et défaire » ou encore « Sculpter le vide« . Très poétique certes, mais trop abstrait pour quiconque ne connaît pas l’œuvre des deux hommes. Par ailleurs, le découpage de l’exposition, un peu répétitif, contribue à « désorienter » l’œil du spectateur qui, à l’issue du parcours, devra bien admettre l’existence d’une grande similarité « confondante » entre les deux artistes.

On retiendra d’ailleurs une médiation écrite particulière, uniquement basée sur la citation des critiques contemporains ou l’analyse des artistes eux-mêmes pour commenter les différentes œuvres. Parce que citer Guillaume Apollinaire, André Malraux ou Jean-Paul Sartre, ça fait toujours très cultivé, pas vrai ? Mais pas d’inquiétude, l’exposition se contemple et s’apprécie pour l’équilibre entre cubisme et art cinétique… Car personne n’explique Picasso et Calder mieux que leurs œuvres elles-mêmes !

Une aventure visuelle à expérimenter dans le cadre splendide et lumineux du Musée Picasso, pour notamment mieux connaître ou redécouvrir l’œuvre de Calder et bien évidemment, celle de Picasso, un duo qui révolutionna l’art du XXe siècle !

Une exposition à ne pas manquer jusqu’au 25 août 2019 ! Et n’oubliez pas de passer par l’exposition « Picasso, Obstinément Méditerranéen » qui vient tout juste d’ouvrir ses portes ! Car Picasso n’est pas que peintre, sculpteur, graveur : il est aussi céramiste !

Sources : Visite de l’exposition avec la commissaire Emilia Philippot / L’Album de l’exposition Calder-Picasso / Le dossier de presse / Le reportage Entrée libre « Calder/Picasso, espace commun« .

Flora Duret et Sarah Mascher

Image de couverture : Alexander Calder, Mon atelier, huile sur toile, 1955, Fondation Calder, NY Images : Musée Picasso Paris, Fondation Calder New York, Flora Duret et Sarah Mascher

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