Isadora Duncan, pionnière de la danse moderne

 Parmi les « mères » de la danse moderne, Isadora Duncan, est incontestablement la plus célèbre, réformant les pratiques et les codes de la danse dans le premier quart du XX ème siècle.

Une vie romanesque

33142193093_2458e01e69Née en 1877 à San Francisco, Isadora Duncan se produit d’abord dans des comédies musicales, à Chicago et à New-York. Mais c’est en 1900 que la grande aventure commence : elle suit sa famille en Europe, et c’est sur le vieux continent qu’elle effectue l’essentiel de sa carrière. Dotée d’un esprit audacieux, elle publie en 1903 un manifeste intitulé La Danse du futur, posant les bases théoriques de la danse libre, et ouvre sa première école à Berlin en 1905. Sillonnant l’Europe au gré des tournées, elle rencontre un succès notable en exaltant la libération du corps féminin et du mouvement dansé, et exerce une influence non négligeable sur les artistes à l’origine des Ballets russes (Fokine, Massine). En revanche, l’accueil du public est plus mitigé en Amérique, où elle est jugée prosoviétique suite à ses prises de position en faveur de la Révolution de 1917. Parallèlement aux succès artistiques, la vie personnelle d’Isadora est particulièrement tumultueuse. Indépendante et moderne, elle a des enfants de pères différents, entretient des liaisons éphémères avec le metteur en scène Edward Craig, le milliardaire Paul Singer et le poète Serge Essenine. Son histoire est également ponctuée de drames avec la perte de son fils Patrick et de sa fille Deirdre en 1913 et sa fin tragique en 1927, étouffée par son écharpe prise dans les roues de sa décapotable, sur la ballade des Anglais à Nice.

La danse libre

Isadora Duncan s’affranchit des règles académiques du ballet classique, qu’elle juge trop contraignantes. Abandonnant notamment l’usage du tutu, du corset, des pointes ou de certains pas conventionnels, elle choisit de s’exprimer pieds nus, revêtue d’une simple tunique à la grecque, souvent colorée, plus ou moins courte, flottant autour de son corps et laissant apparaître les jambes, les bras, parfois la poitrine. Sa danse libre se caractérise par l’amplitude, la fluidité et la souplesse de mouvements ondulatoires et par des chorégraphies dans lesquelles l’immobilité est proscrite. Selon Isadora Duncan, « le 33797917082_9ac785a883ballet classique s’efforce vainement de lutter contre la loi de la pesanteur et le fait qu’il procède à partir de positions immobiles produit des mouvements stériles car toujours interrompus, incapables d’engendrer d’autres mouvements et de susciter un flux cinétique. » Se produisant en plein air ou sur scène devant un rideau bleu, Isadora traduit corps et âme ses sentiments les plus profonds, ses élans intérieurs, intimes, similaires aux remous de la nature tels que la houle, le vent, la tempête, le mouvement des vagues ou des nuages. Bien que spirituelles et intuitives, ses chorégraphies ne sont pas improvisées et sont soigneusement préparées dans le moindre détail. Ce sont des compositions musicales préexistantes et romantiques qui l’inspirent : Préludes de Chopin, la Septième Symphonie de Beethoven ou les Danses allemandes de Schubert. A leur écoute, elle est portée par les émotions que suscite en elle la musique. L’énergie de la danseuse prend alors naissance aux alentours du plexus, c’est-à-dire au niveau diaphragme, pour traduire en mouvements les vibrations et le rythme de la musique. Elle définit le plexus comme « le ressort central de tout mouvement, le foyer de la puissance motrice d’où jaillit la danse toute crée ». En cela, le rôle de la respiration est primordial dans la danse libre d’Isadora Duncan.

Pour un aperçu de ce qu’est la danse libre, je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous : on y voit Tamara Rojo reprenant la manière de danser d’Isadora Duncan dans un ballet en un acte sur les Cinq Valses de Brahms.

Isadora et les arts

Isadora Duncan partage avec son frère Raymond la passion de la Grèce antique. Ensemble, ils fréquentent assidûment les musées d’Europe tels que le Louvre et le British museum, fascinés par la statuaire et la céramique anciennes. Ils admirent à la fois la beauté idéale, le naturel et la ligne onduleuse des figures grecques, peintes sur des vases ou sculptées en bas-reliefs. « J’essayais d’ exprimer sur la musique qui me paraissait le mieux en harmonie avec le rythme des pieds, le port dionysiaque de la tête et le geste du thyrse. », raconte Isadora dans son autobiographie. La danse, considérée par les Grecs comme un art majeur, était présente dans les rites religieux, les cérémonies civiques, les fêtes, l’éducation des enfants, l’entraînement militaire et au théâtre.

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Vase attique, Groupe des Comastes – Musée du Louvre, Paris

« Jamais les mouvements n’ont l’air arrêtés, mais toujours, même au repos, ils ont des qualités fécondes, et chaque mouvement garde la force de donner la vie à un autre », explique Isadora Duncan à propos de l’art grec.

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Isadora Duncan sculptée par Antoine Bourdelle

Si elle puise son inspiration dans la musique romantique et dans la danse de la Grèce antique, Isadora est aussi la muse de beaucoup d’artistes. Le sculpteur Antoine Bourdelle la représente sur la façade du théâtre des Champs-Elysées à Paris, érigé entre 1910 et 1913. Elle apparaît dans des envolées de voiles, toute entière emportée dans une sorte d’ivresse sacrée.

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Isadora Duncan esquissée par Josep Clara

Un tel sujet permet de donner de la vie, de l’expressivité et de l’intensité à une oeuvre. C’est pourquoi le peintre Maurice Denis, les sculpteurs Rodin, Josep Clara et bien d’autres ont tenté, esquisse après esquisse, de décomposer à leur tour les mouvements d’Isadora Duncan, de traduire sur papier la sinuosité de sa danse, cherchant inlassablement à en saisir l’élan vital.

Pour en savoir plus : Vous souhaitez en savoir davantage sur la carrière et la vie d’Isadora Duncan ? Il existe de nombreux livres qui lui sont consacrés et je vous recommande avant tout de lire son autobiographie, Ma Vie. Côté ciné, vous pouvez regarder le film documentaire d’Elisabeth Kapnist sorti en 2008 et sobrement intitulé Isadora Duncan. Enfin, dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016) consacré à Loïe Füller et à sa danse serpentine, l’héroïne de ce long-métrage fait la rencontre d’Isadora Duncan à Paris : incarnées respectivement par les actrices Soko et Lily-Rose Depp, les deux pionnières de la danse moderne partagent à l’écran une relation mêlant admiration, jalousie et rivalité.

Louise Fruitier.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Charle otte dit :

    mercipour cest presieuse info

    Aimé par 1 personne

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